Veille de l'infrastructure

L'essor de l'industrie de la construction en ASEAN : comment les investissements dans les infrastructures remodèlent le paysage économique régional

Le marché de la construction en Asie-Pacifique devrait atteindre 7 480 milliards de dollars d'ici 2034. Grâce à une urbanisation rapide et à des infrastructures à grande échelle, les pays de l'ASEAN s'imposent comme le principal pôle de croissance. Cet article, fondé sur les derniers rapports du secteur, analyse les moteurs et les contraintes des marchés de l'Indonésie, du Vietnam et des Philippines, et examine comment des tendances telles que la préfabrication et les normes vertes redéfinissent la compétitivité régionale.

L'essor de la construction en ASEAN : comment les investissements dans les infrastructures remodèlent l'économie régionale

Alors que le marché de la construction en Asie-Pacifique progresse à un taux de croissance annuel composé de 7,57 % pour atteindre 7 480 milliards de dollars d'ici 2034, les dix pays de l'ASEAN passent du statut d'acteurs marginaux à celui de pôles de croissance clés. Cette transformation ne découle pas seulement du dividende démographique et de la vague d'urbanisation, mais est également profondément liée aux stratégies d'intégration économique régionale. De la nouvelle capitale indonésienne Nusantara aux quartiers résidentiels verticaux à haute densité de Manille, en passant par les normes obligatoires de construction préfabriquée à Singapour, se dessine un paysage régional de la construction façonné par les investissements publics, les transferts de technologie et les pressions climatiques.

#### La demande de logements stimulée par l'urbanisation : la tendance à la densification de Manille à Hanoï

Avec plus de 56 % de la population urbaine en Asie-Pacifique, qui devrait approcher 59 % d'ici 2030, les pays de l'ASEAN sont au cœur de ce processus. La densité de population urbaine de Manille, aux Philippines, dépasse 47 000 habitants par kilomètre carré, parmi les plus élevées au monde, ce qui oblige les promoteurs à se tourner vers des tours et des projets à usage mixte. Parallèlement, les dépenses des ménages vietnamiens en construction de logements ont augmenté en moyenne de 7,3 % par an entre 2018 et 2022, reflétant la quête d'une meilleure qualité de vie de la classe moyenne en plein essor. Cette demande n'est pas un phénomène isolé ; elle forme une boucle de rétroaction positive avec la mobilité de la main-d'œuvre et la concentration des chaînes d'approvisionnement au sein de l'ASEAN — la pénurie de logements autour des parcs industriels devenant un facteur clé pour attirer les investissements.

Les mégaprojets urbains de l'Inde et de la Chine sont certes immenses, mais pour l'ASEAN, l'urbanisation signifie surtout une utilisation intensive des terres à un rythme exponentiel. La transition des logements à faible hauteur et haute densité vers des immeubles verticaux ne modifie pas seulement l'horizon urbain ; elle stimule également la division régionale du travail dans les chaînes industrielles en amont et en aval, notamment les matériaux de construction, les engins de chantier et le design d'intérieur. Les fournisseurs de matériaux de construction en Thaïlande et en Malaisie augmentent leurs exportations grâce à la demande croissante des projets des pays voisins, créant ainsi des liens précoces au sein de la chaîne d'approvisionnement régionale.

#### La course aux infrastructures menée par les capitaux publics : la nouvelle capitale indonésienne et le réseau ferroviaire transasiatique

L'investissement public est un moteur essentiel du marché de la construction en Asie-Pacifique, particulièrement dans les pays de l'ASEAN. Le gouvernement indonésien s'est engagé à investir 450 milliards de dollars dans les infrastructures d'ici 2045, en mettant l'accent sur les ports, les chemins de fer et la construction de la nouvelle capitale Nusantara. Ce déménagement n'est pas seulement une réponse passive à l'affaissement des sols à Jakarta ; c'est aussi une action stratégique visant à redessiner la géographie économique et à étendre la croissance à l'île de Bornéo. Il est à noter que certaines zones de Jakarta s'enfoncent à raison de 25 centimètres par an, ce qui oblige le gouvernement à investir massivement dans la protection contre les inondations, le génie géologique et la résilience aux catastrophes — des investissements qui ont une valeur de référence générale pour les villes côtières de l'ASEAN.

De même, 70 % de l'activité économique du Vietnam est concentrée dans les zones côtières sujettes aux inondations, et le changement climatique pousse à rehausser les normes de construction. Les infrastructures de transport menées par les gouvernements, comme les chemins de fer transfrontaliers et l'extension des ports, servent à la fois de mesures de relance économique et de base physique pour l'interconnexion de la Communauté économique de l'ASEAN (AEC). Au cours de l'exercice 2023, le Japon a alloué 12 500 milliards de yens (environ 85 milliards de dollars) aux infrastructures régionales de transport et à la résilience aux catastrophes ; son expérience et ses transferts de technologie profitent également à l'Asie du Sud-Est, esquissant un modèle embryonnaire de partenariat public-privé transnational.#### Pénurie de main-d'œuvre et fragmentation réglementaire : les obstacles structurels à la croissance

Malgré une demande soutenue, le secteur de la construction de l'ASEAN est confronté à deux goulots d'étranglement structurels. Premièrement, la pénurie de travailleurs qualifiés s'étend largement dans la région. L'Australie a connu une pénurie de plus de 70 000 ouvriers du bâtiment en 2023 ; au Japon, la main-d'œuvre du secteur de la construction a diminué de 18 % au cours des dix dernières années, avec un âge moyen dépassant 57 ans. La Malaisie et Singapour dépendent de travailleurs migrants transfrontaliers, mais les fluctuations politiques affectent directement l'avancement des projets. Cette difficulté est particulièrement complexe au sein de l'ASEAN : d'une part, la formation aux compétences de base des ouvriers du bâtiment en Malaisie et en Thaïlande est insuffisante ; d'autre part, le besoin de Singapour en construction de haute technologie ne peut être pleinement satisfait localement.

Deuxièmement, la fragmentation réglementaire augmente les coûts de transaction. Aux Philippines, l'obtention d'un permis de construire prend en moyenne plus de 150 jours, impliquant des approbations à plusieurs niveaux entre le gouvernement central et les autorités locales. Cette inefficacité prolonge non seulement les délais, mais augmente également les coûts de financement et affaiblit l'attrait pour les investissements étrangers. Contrairement à la planification centralisée de la Chine, les pays de l'ASEAN sont généralement confrontés à des structures de gouvernance plus dispersées, ce qui entrave le processus d'harmonisation des normes de construction et de reconnaissance mutuelle des certifications au niveau régional. C'est précisément la lacune institutionnelle que la Communauté économique de l'ASEAN doit combler.

#### Saut technologique : la construction préfabriquée et les normes vertes redéfinissent la compétitivité

Malgré ces contraintes, de nouvelles voies technologiques sont en train d'émerger. Depuis 2020, Singapour exige que plus de 70 % des nouveaux logements publics utilisent la construction modulaire préfabriquée et préachevée (PPVC), réduisant les délais de construction de 40 % et les déchets de 30 %. Cette politique améliore non seulement la productivité du travail dans le secteur local de la construction, mais stimule également la demande de composants préfabriqués et de services techniques spécialisés à l'étranger, offrant ainsi des opportunités d'exportation aux fabricants de matériaux de construction des pays voisins comme la Malaisie et l'Indonésie. Au Japon, plus de 15 % des logements sont construits en modules, combinés à l'automatisation robotique, fournissant une référence pour la transformation intelligente de la construction dans l'ASEAN.

La certification des bâtiments verts devient également un nouvel indicateur de compétitivité régionale. Singapour compte plus de 4 800 bâtiments certifiés Green Mark ; en Inde, la surface de bâtiments verts enregistrés ou certifiés dépasse 7,5 milliards de pieds carrés, avec une croissance de 25 % par an. En Corée du Sud, les bâtiments certifiés verts peuvent bénéficier d'une prime de coefficient d'occupation des sols pouvant atteindre 20 %. Les pays de l'ASEAN adoptent progressivement des incitations similaires ; le Vietnam et la Thaïlande ont introduit des systèmes d'évaluation des bâtiments verts, mais il reste encore des écarts par rapport à une norme régionale unifiée. Le World Green Building Council estime que les bâtiments économes en énergie peuvent réduire de 20 à 30 % les coûts d'exploitation sur l'ensemble de leur cycle de vie, ce qui est particulièrement pertinent pour les économies de l'ASEAN dépendantes des importations d'énergie.

#### Volatilité des ressources et risques climatiques : le double défi du renforcement de la résilience régionaleLes fluctuations des prix mondiaux des matières premières ont un impact direct sur le marché de la construction de l'ASEAN. En 2022, les prix mondiaux de l'acier ont grimpé de plus de 50 % en glissement annuel ; la Chine, pour atteindre ses objectifs de neutralité carbone, a réduit sa production, ébranlant les marchés aval de l'Asie du Sud-Est ; les prix du ciment en Inde ont augmenté de 22 % entre 2021 et 2023. La vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement incite les pays de l'ASEAN à rechercher des alliances d'achat et des stratégies de stockage plus régionalisées. Parallèlement, les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents — le typhon de 2023 aux Philippines a causé plus de 1,2 milliard de dollars de pertes d'infrastructures ; le Vietnam, le Bangladesh et d'autres pays subissent chaque année des inondations périodiques. Le risque climatique n'est plus une menace lointaine, mais une variable actuelle qui doit être intégrée dans la conception technique et les calculs d'assurance. L'affaissement de Jakarta est déjà le déclencheur du déplacement de la capitale ; à l'avenir, des événements similaires contraindront l'ASEAN à unifier les codes de construction résistants aux catastrophes et les normes de résilience des infrastructures.

#### Perspectives d'intégration régionale : le marché de la construction comme pilier de la communauté économique de l'ASEAN

Le secteur de la construction possède naturellement un effet multiplicateur qui stimule l'emploi et dynamise la chaîne industrielle. Pour l'ASEAN, ce marché n'est pas seulement un vecteur de croissance, mais aussi un terrain d'expérimentation pour la synergie régionale. Du train à grande vitesse transfrontalier aux ports intelligents, le financement, la conception, l'approvisionnement et la construction des projets d'infrastructure franchissent désormais les frontières. La participation des entreprises chinoises aux infrastructures de l'ASEAN est monnaie courante, et les investissements japonais et sud-coréens augmentent également ; mais ce qui importe davantage, c'est la coopération et la division du travail au sein de l'ASEAN : Singapour fournit les normes techniques et le soutien financier, la Malaisie et l'Indonésie fournissent les matériaux de construction et la main-d'œuvre, tandis que le Vietnam et les Philippines contribuent à la demande du marché. Avec l'entrée en vigueur du RCEP, les règles d'origine et l'ouverture du commerce des services réduiront les barrières transfrontalières pour les services et les matériaux de construction.

À l'horizon 2034, le marché de la construction en Asie-Pacifique atteindra 7 480 milliards de dollars ; la part de l'ASEAN dépendra de sa capacité à agir simultanément sur trois dimensions : l'urbanisation, la mise à niveau technologique et la coordination institutionnelle. Les défis à court terme — l'amélioration de la productivité du travail, l'optimisation des processus d'autorisation et le renforcement de l'adaptation au climat — sont autant de pierres de touche pour la compétitivité à long terme. La construction n'est plus seulement un empilement d'acier et de béton, mais l'expression la plus concrète du processus d'intégration régionale.

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  1. https://www.marketdataforecast.com/market-reports/asia-pacific-construction-marketPrincipal

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