Perspectives regionales
Investissements en partenariats public-privé dans l'énergie en ASEAN : le coût de la croissance et le décalage avec les objectifs de durabilité
Une nouvelle étude révèle que le modèle actuel des investissements en partenariats public-privé dans le secteur de l'énergie (PPPIE) dans les pays de l'ASEAN non seulement freine la croissance du PIB, mais augmente également considérablement les émissions de carbone, plaçant la région face à de sérieux défis pour atteindre l'objectif de développement durable 7 (ODD7).
Quand les investissements énergétiques deviennent un fardeau pour la croissance — le dilemme de l'ASEAN face à l'ODD 7
L'ASEAN, au cœur du transfert mondial des activités manufacturières, subit la double pression d'un essor économique et d'une explosion de la demande énergétique. Pourtant, une étude consacrée aux investissements en partenariat public-privé (PPP) dans le secteur énergétique de la région révèle une réalité préoccupante : ces investissements non seulement ne contribuent pas à la transition vers les énergies propres de l'objectif de développement durable 7 (ODD 7), mais ils présentent en outre une corrélation négative significative avec la croissance économique et deviennent un moteur de la flambée des émissions de gaz à effet de serre.
L'avertissement derrière les données
Publiée dans *Scientific Reports*, l'étude couvre les investissements en PPP liés à l'énergie (PPPIE) dans les États membres de l'ASEAN entre 1999 et 2021. En recourant à un modèle autorégressif à retards échelonnés et à un test de cointégration par les bornes, les chercheurs ont constaté que chaque augmentation de 1 % des investissements énergétiques en PPP fait au contraire baisser le taux de croissance du PIB de 8,3 points de pourcentage ; dans le même temps, ces investissements énergétiques entraînent une hausse des émissions de gaz à effet de serre pouvant atteindre 52,6 %. Ce résultat, qui va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle l'investissement stimule la croissance, révèle un désordre systémique dans l'allocation des capitaux.
L'étude indique en outre que les chocs externes (tels que la pandémie de COVID-19) exercent des effets négatifs significatifs à long terme sur l'économie régionale, et que ces effets, se cumulant avec l'impact négatif des investissements en PPP, éloignent nettement les pays de l'ASEAN de la trajectoire de réalisation des objectifs de l'ODD 7 à l'horizon 2030.
Pourquoi le modèle PPP s'écarte de sa mission initiale
En théorie, les partenariats public-privé devraient mobiliser les capitaux privés pour combler le déficit de financement public et accélérer la construction d'infrastructures d'énergie propre. Mais la pratique au sein de l'ASEAN dresse un tout autre tableau : un grand nombre de projets de PPP restent concentrés dans les filières traditionnelles de combustibles fossiles, telles que les centrales à charbon et les gazoducs. Le choix d'énergies bon marché mais fortement carbonées est dicté par des gains économiques à court terme, tandis que les coûts environnementaux à long terme et les risques de la transition structurelle sont gravement sous-estimés.
De nombreux contrats de PPP comportent souvent par ailleurs des clauses de type « take-or-pay » (achat ferme), qui verrouillent la consommation de combustibles fossiles pour plusieurs décennies, créant ainsi un effet de verrouillage carbone. Le retard dans l'interconnexion des réseaux électriques régionaux expose également les investissements dans les énergies renouvelables à des incertitudes concernant le raccordement au réseau et l'absorption de la production électrique, ce qui affaiblit davantage leur attractivité commerciale.
La crise potentielle des chaînes d'approvisionnement régionales
Si l'ASEAN ne parvient pas à inverser l'orientation de ses investissements énergétiques, elle perdra non seulement des points sur ses objectifs climatiques, mais pourrait aussi se retrouver désavantagée dans la course mondiale aux chaînes d'approvisionnement vertes. Les acheteurs internationaux utilisent de plus en plus l'empreinte carbone comme critère d'achat, et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE (MACF) a déjà commencé à inclure dans son champ d'imposition les produits importés à forte intensité carbone. Si les pays de l'ASEAN, dont l'industrie manufacturière dépend fortement de l'énergie, n'ajustent pas leur structure énergétique à temps, leur compétitivité à l'exportation subira un choc structurel.
Dans le même temps, la région manque encore de normes harmonisées de financement des énergies vertes et de mécanismes transfrontaliers de commerce de l'électricité. Les politiques énergétiques menées en ordre dispersé par chaque pays peinent à créer des synergies et augmentent les coûts de conformité pour les entreprises multinationales. Cette fragmentation va à l'encontre de l'objectif d'intégration approfondie poursuivi par la Communauté économique de l'ASEAN (AEC).
Redéfinir le cadre d'investissement : une voie pragmatique pour l'ASEANLa recherche recommande que les pays de l'ASEAN agissent immédiatement : premièrement, promouvoir la diversification des sources d'énergie, en orientant les politiques et les financements vers les ressources présentant des avantages régionaux telles que l'éolien, le solaire et la géothermie ; deuxièmement, réexaminer les termes et conditions des contrats de PPP, afin de garantir que la participation du secteur privé soit conforme à la durabilité économique à long terme, et non à un pillage à court terme ; troisièmement, établir une plateforme régionale de financement de l'énergie verte, cofinancée par les banques multilatérales de développement et les fonds souverains, afin de réduire la prime de risque des projets d'énergie propre.
Il convient de noter que l'ASEAN a déjà lancé des cadres tels que le Plan d'action de l'ASEAN pour la coopération énergétique (APAEC), mais les mécanismes d'incitation et de contrainte au niveau de la mise en œuvre restent insuffisants. À l'avenir, la capacité à transformer les investissements en PPP d'un « fardeau pour la croissance » en un « moteur vert » dépendra de la volonté des décideurs de briser les structures d'intérêts acquis et de redéfinir la logique de la gouvernance énergétique.
Le choix à la croisée des chemins
La transition énergétique de l'ASEAN n'est pas une question au choix, mais une question obligatoire. Les données de recherche actuelles montrent que s'en tenir aux anciens modèles d'investissement ne fera qu'enfoncer la région dans une impasse de faible croissance et de fortes émissions. Au contraire, si l'ASEAN parvient à tirer parti de la vague mondiale de la finance verte et à approfondir la synergie régionale, elle a tout à fait l'opportunité de transformer les défis en nouveaux atouts de compétitivité. La fenêtre temporelle est en train de se refermer, et chaque décision des décideurs politiques dessinera la trajectoire de développement de la région pour les décennies à venir.
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