Veille de l'infrastructure

Le plan directeur des câbles sous-marins en Asie du Sud-Est est déjà en place, mais c’est la gouvernance qui constitue le premier « câble » à poser.

L'ASEAN prévoit de construire cinq câbles électriques sous-marins d'ici 2040, mais au-delà de la faisabilité technique, l'absence d'un cadre de gouvernance régional constitue le plus grand obstacle. Cet article analyse trois lacunes de gouvernance : la planification, la répartition des coûts et la coordination maritime, ainsi que les enseignements de l'expérience européenne pour l'ASEAN.

Du mythe technologique à la réalité de la gouvernance : le véritable test des câbles sous-marins en ASEAN

L’Asie du Sud-Est possède l’une des réserves d’énergies renouvelables les plus riches au monde – l’hydroélectricité du bassin du Mékong, le solaire en pleine expansion, et un potentiel éolien offshore considérable. Mais ces ressources sont très inégalement réparties, et les câbles électriques sous-marins sont considérés comme un outil clé pour acheminer l’électricité propre des zones riches en ressources vers les centres de demande. Selon l’étude III du Plan directeur sur la connectivité de l’ASEAN (AIMS III), l’ASEAN devra plus que doubler sa capacité d’interconnexion actuelle de 7,7 GW d’ici 2040, avec 18 nouvelles lignes d’interconnexion. Cependant, un récent rapport d’Ember souligne que le vrai obstacle à la réalisation de ce plan n’est plus technique, mais lié à la gouvernance.

Planification, coûts et coordination maritime : trois lacunes de gouvernance

L’expérience européenne montre que la valeur commerciale des câbles d’interconnexion sous-marins est considérable. Par exemple, les interconnexions entre le Royaume-Uni et ses voisins européens génèrent environ 375 millions d’euros de valeur commerciale par an, et jusqu’à 500 millions d’euros en incluant les contrats à terme, la valeur de capacité et les services auxiliaires. Mais la géographie de l’Asie du Sud-Est – l’Indonésie et les Philippines étant des archipels où le transport sous-marin est déjà utilisé pour l’intégration des systèmes nationaux – implique que les interconnexions transmaritimes nécessitent naturellement une coordination plus complexe.

Le rapport d’Ember identifie trois lacunes de gouvernance interconnectées :

  • Mécanismes de planification régionale faibles : L’étude du Plan directeur sur la connectivité de l’ASEAN constitue une bonne base pour identifier les projets, mais à mesure que les projets s’agrandissent et que leur interdépendance s’accroît, des mécanismes plus solides de priorisation des projets et de séquencement des investissements sont nécessaires pour garantir que les investissements maximisent les bénéfices pour le système régional.
  • Absence de cadre partagé pour la répartition des coûts : Sans cadre commun d’analyse coûts-bénéfices, les négociations pour les projets multilatéraux (comme le projet d’intégration électrique Brunéi-Indonésie-Malaisie-Philippines) peuvent s’éterniser, augmentant les coûts de transaction et allongeant les délais de développement.
  • Coordination multisectorielle dans la gouvernance maritime : Les câbles sous-marins traversent les eaux territoriales et les zones économiques exclusives, chevauchant les activités de transport maritime, de pêche et d’infrastructures de télécommunications, nécessitant une collaboration entre les agences énergétiques et les secteurs maritime et environnemental. Cela élargit considérablement l’éventail des parties prenantes.

Les leçons de l’Europe : l’évolution institutionnelle nécessite des institutions durables

L’Europe compte environ 25 câbles d’interconnexion électrique sous-marins en service, d’une capacité totale d’environ 22 290 MW (en 2025). Mais son cadre de gouvernance ne s’est pas construit du jour au lendemain ; il est le fruit de décennies d’apprentissage progressif et d’ajustements politiques, et il reste encore imparfait. L’expérience clé est qu’avec la complexité croissante, il faut mettre en place des institutions durables et adaptatives.

Pour l’ASEAN, les bases existantes ne sont pas faibles. Le « Protocole d’accord sur le réseau électrique amélioré de l’ASEAN », signé en 2025, reflète un nouvel engagement politique. Le Centre pour l’énergie de l’ASEAN (ACE), les dirigeants des services publics/agences d’électricité de l’ASEAN (HAPUA) et le Comité consultatif du réseau électrique de l’ASEAN (APGCC) fournissent des points d’ancrage institutionnels crédibles. L’opportunité réside dans la transformation de ces bases en mécanismes plus opérationnels et plus durables.

Priorité d’action : rendre opérationnelle la fonction de planificationLe rapport suggère que la priorité la plus immédiate est de rendre opérationnelle la « fonction de planification de la production et du transport d'électricité du réseau électrique de l'ASEAN ». Sur cette base, il convient d'établir une méthodologie structurée de coût-bénéfice et de créer un groupe de travail dédié aux câbles sous-marins. Cela nécessite de transformer les engagements politiques en mécanismes de coordination quotidiens, et non pas seulement en réunions annuelles.

Le sous-secrétaire du ministère philippin de l'Énergie, Felix William « Wimpy » B. Fuentebella, a souligné à ce sujet : « L'expérience européenne révèle une leçon importante : le succès des câbles sous-marins ne dépend pas seulement de la faisabilité technique, mais aussi d'une coordination efficace en matière de planification, de réglementation, de financement et de gouvernance maritime. »

La prochaine étape de l'intégration économique régionale

Les câbles sous-marins ne sont pas seulement une infrastructure énergétique, mais aussi un microcosme de la construction de la Communauté économique de l'ASEAN (AEC). Ils renforcent la sécurité énergétique, réduisent les coûts d'importation de combustibles fossiles, soutiennent la transition bas-carbone et promeuvent le commerce transfrontalier de l'électricité — c'est l'un des objectifs fondamentaux de l'intégration régionale. Si les problèmes de gouvernance sont résolus, l'ASEAN pourrait exploiter ses abondantes énergies renouvelables, former un marché unique de l'électricité, attirer davantage d'investissements dans l'énergie propre et améliorer sa compétitivité dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.

En revanche, si la gouvernance est en retard, même si la technologie est mature, les projets risquent de s'enliser dans des négociations. L'ASEAN doit reconnaître que le premier « câble » à poser n'est pas en cuivre ou en fibre optique, mais un mécanisme de gouvernance. Ce n'est que lorsque ce « câble » sera posé que les câbles électriques sous-marins pourront véritablement relier l'avenir vert de l'Asie du Sud-Est.

Usage des sources · aseaninsight

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Liens sources

  1. https://cleantechnica.com/2026/06/21/southeast-asia-has-5-proposed-subsea-power-cable-projects-by-2040-but-the-first-link-it-needs-is-governance/Principal

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